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Cuirassé Potemkine (Le) (Броненосец «Потёмкин», Bronenossets « Potiomkine) [1925 - U.R.S.S., 68 à 80 min. suivent versions, N&B. Muet] R. Sergueï Eisenstein. Assist. réal. Aleksandr Antonov, Mikhaïl Gomorov, Aleksandr Levchine, Maksim Schtrauch. Sc. S. Eisenstein, d'après un récit de Nina Agadjanova-Choutko. Mus. Edmund Meisel, Dmitri Chostakovitch, Nikolaï Krioukov. Mont. Grigori Alexandrov, S. Eisenstein. Déc. Vassili Rakhals. Sous-titres. Nikolaï Asseïev. Intertitres. Sergueï Traetyakov. Ph. Édouard Tissé, Vladimir Popov. Pr. Jacob Bliokh|Goskino (Moscou). I. Aleksandr Antonov (Grigory Vakoulintchouk, le marin bolchevique), Vladimir Barsky (le cdt Golikov), Grigori Alexandrov (le lieutenant Guiliarovski), Mikhaïl Gomorov (Afanasi Matushenko), Maksim Schtrauch (Fyodor Smirnov), Aleksandr Livchine (le second-maître), Ivan Bobrov (un jeune marin, frappé durant son sommeil), Nina Poltavtseva (l'institutrice au lorgnon), Konstantin Feldman (l'étudiant délégué révolutionnaire).
~ Le film traite de la mutinerie du cuirassé Potemkine au mouillage devant le port d’Odessa en 1905, de l’insurrection et de la répression qui s’ensuivirent dans la ville. Le film fut très longtemps interdit - entre 1927 et 1952 - dans de nombreux pays occidentaux pour cause de « propagande bolchevique » et « incitation à la violence de classe ». Il ne pouvait être vu qu'en ciné-club ou cinémathèque. Il est considéré comme l'un des plus grands films de propagande de tous les temps. Il est choisi, en 1958, comme le meilleur film de tous les temps par 117 critiques internationaux lors de l’Exposition universelle de Bruxelles. Le film est entré dans le domaine public dans la plupart des pays du monde.
· Historique du film. Le 19 mars 1925, la commission chargée par le comité central du Parti Communiste de l'Union soviétique de célébrer l'anniversaire des événements de 1905 en Russie décidait de mettre en chantier plusieurs longs métrages. Parmi ces œuvres, La Mère, d'après Maksim Gorki, réalisé par Aleksandr Poudovkine, et L'Année 1905 dont le réalisation fut confiée à Eisenstein, qui avait terminé La Grève quelques mois auparavant. Le cinéaste travaillait déjà à son scénario avec Nina Agadjanova-Choutko. Le manuscrit prévoyait un récit grandiose qui commençait à la fin de la guerre russo-japonaise et se terminait par l'écrasement de l'insurrection de Moscou. Les différents épisodes étaient situés à Saint-Pétersbourg, à Bakou, Odessa, Sébastopol, en Extrême-Orient et dans le Caucase. Le tournage commença à Léningrad par la reconstitution de grèves et des manifestations, mais le mauvais temps précoce l'interrompit. Sur les conseils du directeur du studio de Léningrad, Eisenstein partit pour Odessa. L'équipe du film résida quelque temps à Bakou, afin de reconstituer quelques épisodes de l'année révolutionnaire, puis Eisenstein décida brusquement de renoncer à L'Année 1905 pour se consacrer seulement à ce qui avait été prévu originellement comme l'un des brefs épisodes de l'épopée : la célèbre mutinerie du cuirassé Potemkine qui avait déjà inspiré quelques films occidentaux, dont Eisenstein ignorait l'existence : Révolution à Odessa [Ferdinand Zecca (ou Lucien Nonguet), Pathé Frères. 5 min., 1905] en particulier, et un film britannique anonyme. Cet épisode ne tenait qu'une page sur le manuscrit de L'Année 1905 et se contentait d'une esquisse en cinq "actes" qui formaient l'ossature quasi définitive du futur Potemkine. Ces cinq "actes" étaient ainsi répartis :
1. Des hommes et des vers. 2. Drame sur la plage arrière (la mutinerie). 3. Les sang crie vengeance (le corps du marin exposé dans la ville). 4. L'escalier d'Odessa. 5. Le passage à travers l'escadre.
Tout en conservant cette "ossature", Eisenstein n'en a pas moins profondément transformé, en cours de tournage, la composition des différents épisodes, et accentué cette perfection pendant le montage. C'est ainsi que la troisième partie du film (Odessa) commence par des vues de brouillard et de bateaux dans la brume, filmés à contre-jour. Or ces scènes avaient été tournées par Tissé, par désœuvrement, un jour où le tournage avait été interrompu faute de soleil. La beauté purement esthétique de ces images séduisit Eisenstein qui les plaça dans le Lamento qui ouvre la troisième partie.
· La réalisation